Lettre au Père

LETTRE AU PÈRE
Franz Kafka a écrit cette lettre au moment où il projetait de se marier avec Julie Wohryzeck, à l’âge de 36 ans. Cinquante pages, qu’il a remises à sa mère, pour qu’elle la transmette au père. Comme on pouvait s’y attendre, la mère ne l’a pas transmise, et le père de Kafka ne l’a donc jamais lue. Ce texte, Kafka l’a écrit à un moment charnière de sa vie. Avant de franchir le pas du mariage, il sent le besoin de faire le bilan de ses peurs, de ses terreurs d’enfant, et d’inventer un autre mode de relation avec son père. Le projet paraît simple, mais c’est évidemment un piège qu’il se tend à lui-même, et c’est ce qui fait la force de ce texte. C’est aussi bien une déclaration d’amour, un appel au secours, une volonté d’apaisement, qu’une déclaration de guerre, un long et terrible réquisitoire. Vouloir épuiser par une lettre, même de cinquante pages, les incompréhensions accumulées durant trente six années, est bien sûr voué à l’échec, et Kafka le sait sans doute. Il s’agit là d’autre chose. Il s’agit d’abord d’une tentative de sauvetage par l’écriture. Trouver une langue qui résoudrait l’équation intérieure d’un enfant blessé, devenu adulte, sur le point de se marier, voire de devenir lui-même père.

Avec : Jean-Quentin Châtelain
Création : mardi 10 janvier 2012 au Théâtre Vidy-Lausanne
Production déléguée : Théâtre Vidy-Lausanne
Coproduction : Chat Borgne Théâtre