J’ai saigné

de Blaise Cendrars

Une forme légère, capable de jouer dans des lieux non équipées, en décentralisation.

Mise en scène Jean-Yves Ruf et Jean-Christophe Cochard / Lumière Christian Dubet / Scénographie Aurélie Thomas / Interprétation Jean-Yves Ruf

Création : 3 décembre 2020 – Le Préau CDN de Vire en décentralisation à Montchauvet

Représentations
3 décembre 2020 à Montchauvet (Calvados)
4 décembre 2020 à Passais-Village
6 décembre 2020 à Sourdeval, puis du 10 au 12 décembre à Vire, Le Préau

Je lis Cendrars depuis l’adolescence. Son écriture est immédiatement physique, elle recèle beaucoup d’oralité. Je pensais un jour aborder Prose du Transsibérien ou Pâques à New-York, quand je suis tombé sur ce petit texte que je ne connaissais pas, une nouvelle autobiographique extraite du recueil La vie dangereuse publié en 1938.
Septembre 1915. Blaise Cendrars, alors engagé volontaire de la Légion étrangère, se bat sur le front de Champagne. Il est touché par un éclat d’obus. Opéré sur place, il est amputé d’une partie de son bras droit. Puis transporté à l’évêché de Châlons-sur-Marne (maintenant Châlons-en-Champagne), dans un hospice religieux, pour y vivre sa période de convalescence. La nouvelle relate précisément cette période, la souffrance, mais aussi la rééducation, la résilience, la solidarité, et la renaissance.
On y rencontre la figure admirable de Mme Adrienne, l’infirmière-major, qui repère vite la capacité de Cendrars à repousser ses limites pour se reconstruire, retrouver goût à la vie et restaurer l’estime de soi. Elle va lui demander de s’occuper des autres : Je ne me suis pas trompée, Cendrars, en venant vous chercher ? J’ai là un pauvre petit berger des Landes qui souffre le martyre. (…) Entretenez-le, racontez-lui des histoires, cela lui fera du bien. Vous voulez bien ?
Cendrars sera alors amené à partager la chambre de ce berger qui a reçu 72 éclats d’obus dans le corps, et plus tard d’un maréchal des logis qui a perdu l’usage de la parole. Adrienne est intuitivement persuadée que l’aspect psychologique est vital. Ensemble ils cherchent de manière empirique à pallier une médecine trop mécaniste et à reconstruire également le psychisme de ces êtres démolis.

Jean-Yves Ruf